Sacrifice

Entouré par quatre Drows en vêtements d'apparat, le sacrifié est traîné entre une statue et une table presque disposée à la verticale. Il est plaqué à la table par le sort d'une des grandes prêtresses qui l'escortait, qui se joint ensuite au grand cercle qu'ont déjà rejoint ses consœurs. Effrayé et cherchant une aide du regard, il tente de se dégager vainement de l'étreinte magique; puis tourne doucement la tête vers la statue de pierre penchée sur lui, dans sa froide et sinistre immobilité. Les traits fins de la femme de pierre font ressortir sa saisissante beauté. Ses lèvres sont entrouvertes comme attendant quelque chose, et légèrement recourbées en un rictus satisfait et cruel, et ses paupières sont closes. De grandes ailes de chauve-souris sont à demi-ouvertes dans son dos, donnant une toute autre dimension à la splendide et lugubre statue.

Une silhouette noire se détache alors du fond de la pièce, à la droite de la statue. Ses cheveux presque dorés et ses yeux verts pâles aux reflets rouges contrastent avec sa peau et ses vêtements sombres. Elle porte un sert-tête de métal finement décoré et orné du symbole de sa déesse que l'on peut retrouver à divers endroits sur sa parure et celle des autres êtres présents dans la salle, ainsi que dans la pièce elle-même et sur la statue de pierre. La Drow s'approche lentement du sacrifié et de la statue, son visage s'éclairant petit à petit d'un sourire fielleux. S'arrêtant enfin, elle lève doucement une dague à la lame longue et luisante. Levant l'autre main avec grâce, elle fixe la lame de son regard glacial et commence une incantation.

Par le pouvoir de notre Mère,
Que cette lame puisse transpercer la chair.
Lame de mort que ton pouvoir soit révélé,
Chanteuse de ténèbres à présent soit réveillée.

La lame de la dague s'enveloppe d'une aura noire qui semble danser autour d'elle, et la Drow lève l'arme enchantée avec un rictus aussi cruel que celui de la statue. Elle commence alors à psalmodier:

Ô Grande Z'ilin'shra, Mère des Drows
Qu'arrache ma lame
Cette vie que tes enfants t'offrent.
Mère de tous les Drows,
Que par cette lame
Coule un sang nouveau.

Après qu'elle eut psalmodié une première fois elle fait une entaille au poignet gauche du sacrifié. Alors qu'elle reprend sa supplique, les grandes prêtresses formant le cercle se joignent à elle dans un chœur infernal. La Drow fait alors une entaille au niveau de la cheville gauche du sacrifié, puis au poignet droit et au niveau de la cheville droite, sans que ne cesse de psalmodier le sinistre chœur. Se reportant à la droite de la statue, la Drow lève à nouveau la dague dont la lame est baignée de son aura noire, mais nullement tâchée par le sang. Un silence lourd tombe alors sur la salle après la fin du dernier vers de la supplique. Comme plaqué lui aussi sur la table inclinée, le sang s'écoule doucement et va goutter dans un calice posé au bas de la table.

S'approchant du sacrifié, la Drow brandit sa dague et commence à lui graver le symbole de sa déesse sur le ventre, tandis qu'il ouvre la bouche pour hurler sa douleur sans qu'aucun son ne s'en échappe. Le symbole terminé, elle revient à la droite de la statue de pierre et semble la rejoindre dans son immobilité.

Tremblant et souffrant, le sacrifié ose a peine respirer, comme si une force lui interdisait de briser le silence enveloppant la salle. La Drow recommence subitement à se mouvoir, et tend sa dague à une grande prêtresse, qui voit l'aura mourir au contact de ses mains, et va reposer la dague dans un coin hors de vue du sacrifié. S'abaissant en pliant les jambes, la Drow prend le calice à présent plein de sang, et le porte doucement aux lèvres de la statue en recommençant à psalmodier.

Ô Mère Z'ilin'shra
Accepte la vie que tes enfants t'offrent
Que ce sang s'écoule et se mêle au nôtre
Ô toi qui est notre source
Que se manifeste ton pouvoir devant tous.

Le sang atteignant la bouche de la statue est comme absorbé par la pierre, et quand la Drow termine sa supplique, tout le sang a été bu. Elle repose alors le calice à sa place et s'éloigne d'un pas, restant plantée à la droite de sa déesse de pierre, n'ayant toujours pas perdu son sourire. C'est alors que les yeux de la statue s'ouvrent lentement sur une lueur écarlate, emplissant les occupants de la salle d'une euphorie sinistre et féroce.

Avec un hurlement de douleur, le sacrifié est arraché à son silence, et la chair de ses mains et de ses pieds commence à se désagréger, remontant lentement sur tout le corps, et amenée dans un cône rougeâtre jusqu'à la bouche de la statue qui l'absorbe. Le squelette parfaitement nettoyé se désagrège lentement à son tour, et suit le même chemin, puis la statue referme brutalement les yeux quand disparaissent les derniers restes du sacrifié. La Drow lève alors les bras au ciel en regardant la déesse de pierre puis se tourne vers les occupants de la salle euphorique qui hurlent à la gloire de Z'ilin'shra...

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