Une Nuit d'Automne.
C'était un de ces soirs d'automne où le souffle du vent semble surgir du néant pour mieux y retourner après avoir glacé les sangs des malheureux qui ont oublié de rentrer avant que ne s'abattent sur eux les ombres... L'humidité, traître complice des frissons des hommes, se glissait en rampant sous chaque pan de cape, entre chaque pli de vêtement, alourdissant l'air de son fardeau de misère.
Des râles étouffés s'échappèrent brièvement des ténèbres, et des supplications tentaient de couvrir une course effrénée vers la sauvegarde. Sous la lumière diaphane d'un maigre croissant de lune, une épée s'extirpait sèchement avec des lambeaux de chair. Les brigands gisaient là, massacrés comme un seul, déchiquetés par des coups violents, répétés... et acharnés. Dans leurs expressions figées se lisait l'effroi qui disparaîtrait avec leur âme dans le néant d'une existence qui n'était pas la leur.
Le marchand terrifié fuyait, trébuchait, glissait dans la boue, s'épuisait à lutter contre son destin déjà tracé. Il avait vu... comme eux... il avait vu, ce qui ne devait être révélé à eux... un pentacle incrusté et cloué dans une peau blanche de n'avoir su être nue... une peau dont chacun des pores suintait de cruauté et de maléfice... l'homme affolé rampait dans la boue, raclant le sol de ses mains pour toujours avancer, ne regardant qu'une fois en arrière pour voir la silhouette approcher.
Ce visage qu'il avait cru simplement fermé s'était mué en une expression de pur plaisir perfide, et son sourire diabolique reflétait la jouissance absolue que provoquait cet instant. L'épée et les mains, couvertes de sang, s'élevèrent dans la clarté morbide de cette nuit, et des cris saccadés accompagnèrent les hachements d'un acharnement malsain. Alors que les derniers gargouillis glissaient encore de cette gorge presque inerte, l'épée demeura plantée, et une litanie effroyable s'éleva faiblement.
Les mots lents de cette ode macabre étaient purulents de noirceur et de vice... une langue gutturale aux accents dont la malveillance pouvait écraser les âmes dans l'étau de l'effroi... une langue inconnue des hommes, qui avait éclos dans les pires ténèbres du multivers... Rien ne s'échapperait jamais de cette coquille vide... hors de portée des oreilles des hommes, une autre âme arrachée avait hurlé de douleur et de terreur...