Aashka, Première Vision d'un Monde
Où avait bien pu s'évanouir ma raison ?... Le souffle glacé de l'éternelle nuit du dessus effleurait à peine mes joues que déjà des frissons me parcouraient... Et pourtant je le savais... les livres poussiéreux, les anciens contes... ils m'avaient tous avertie... et pourtant en arrivant ici j'avais froid... et j'avais peur. Mon grand-père adoptif disait toujours que la peur congelait les coeurs que l'esprit n'avait pas su protéger ; je resserrais mes fourrures en y repensant... de toutes façons ma langue trop bien pendue m'avait déjà fermé les portes du retour... je ne pouvais plus reculer.
Les Ténèbres du dessous étaient plus difficiles à percer que celles qui s'offraient à moi. Le bruissement des feuilles des arbres qui entouraient le passage était constant, doux, et pourtant inquiétant car inhabituel. Au travers de la frondaison perçaient de livides raies de lumière, et en osant faire quelques pas en avant, en plantant le nez vers le néant qu'on appelait ciel, je vis pour la première fois les trois lunes soeurs partager leur froideur avec le reste de la nuit. Intriguée, j'avançais, m'éloignant plus encore du passage des profondeurs. Il fallait que je trouve une percée, il fallait que je vois ce ciel dont parlaient tant les livres...
Un craquement, un sursaut... mais ce n'était que moi. Un peu plus en avant s'ouvraient les arbres, laissant un cercle vierge baigné dans une diffuse clarté ; j'y pénétrais prudemment puis levais les yeux... le voilà enfin ce ciel... les lunes... les étoiles... les livres ne mentaient pas, alors la Dernière Cité ne devait pas être loin...Aashka... il fallait que je la trouve, il fallait que je la vois... mais avant cela... il allait falloir que je décroche les yeux de ce ciel... il était beau, constellé de ces fameux points de lumière, étoiles...
Nous avions tous abandonné ce ciel, pour les profondeurs du monde... les textes demeuraient vagues... une terreur sans nom... une mort rampante... était-elle toujours là ? Qu'était-elle vraiment ? Elle qui nous avait poussés sous terre ; qu'avait-elle de si terrifiant...?