Yaelyn Tsavriir - Xukuth del Erthe.
"- Que fais-tu ici, Rivvil, les terres neutres sont derrière toi depuis longtemps. Tu n'aurais jamais dû poser le pied en ces étendues hostiles.
Sens, cette odeur c'est le sang de notre terre. Entends, ces râles sont l'échos de l'agonie de nos âmes que l'on arrache à nos chairs. Vois, cette brume opaque et brune est levée par nos larmes sans fin et celles de Notre Mère.
Notre malédiction, le carcan de nos rêves, le cercueil qui est notre souvenir. Souviens t'en, Rivvil, de cet air lourd, de ces relents méphitiques. Souviens t'en, comme du fer qui attise notre haine.
Notre Mère est malheureuse, trahie, abandonnée. Elle nous a chéri dans les Ténèbres où Elle et nous fûmes rejetés, et pour la remercier, bientôt, nous émergerons de l'Ombre des Profondeurs et nous renverrons nos bourreaux au néant.
Tu peux reculer, Rivvil, il est déjà trop tard. Tu vas embrasser cette terre, et ne t'en relèveras pas...
Heureusement qu'il nous reste ceci... sa couleur et son odeur percent encore, même ici. Bonne nuit, Rivvil, bonne nuit, tu n'étais pas trop mauvais, pour une courte vie."
Pourquoi faut-il aujourd'hui, alors que mes pas me ramènent sous terre, que ma mémoire passe en revue cette existence... Combien d'années ? Combien d'années à arpenter ces boyaux où les nuances d'ombre et de vie, passant par cet infini panache de couleurs sans jamais en avoir une de vraie, ont dansé devant mes yeux au rythme lent des profondeurs ? Combien d'années à attendre de voir cette lumière diaphane et de mettre des odeurs sur cette malédiction qui nous enserre comme un étau ? Beaucoup et peu... les Yathrinen diraient "le temps qu'il faut", elles qui ont toujours le mot juste... n'est-ce pas, mère ?
Je ne vois pas non plus pourquoi j'arrive encore à me demander si elle fût déçue quand les Jabbuken conclurent aux portes de l'académie que je prendrais les armes et pas les mêmes atours de yathrin que les siens. Je ne lui ai jamais posé la question... quelles questions lui ai-je de toutes façons posées pour le peu que nous avons échangé depuis qu'elle a laissé mon père me donner son nom... C'est la preuve même qu'elle s'est complètement désintéressée de moi, mais elle n'a qu'à s'en prendre à elle-même si elle n'a pas mis le bon jalluk dans sa couche cette nuit là.
D'ailleurs, où est-il ? Où es-tu... Ilharn ? Je te hais... ton existence même est pour moi une frustration perpétuelle... et pourtant, depuis que je n'ai plus de nouvelles, quoique je fasse, mes yeux te cherchent. Comme si tu allais surgir des ombres pour tenter de me porter un coup d'estoc. Comme pendant toutes ces années où la flamme de la fierté dansait dans le fond de ton regard à chacun de mes mouvements, à chacun de nos affrontements, le temps de l'enfance, et le temps de l'académie.
Toi, le jalluk qui permit ma naissance. Toi qui, au contraire de ma yathrin d'ilharess, ne se détourna pas de moi. Toi qui, à chaque détour des boyaux de notre monde souterrain, à chaque coin de Charn'un l'Barra, attendait de me surprendre pour m'enseigner la rudesse de notre existence, lames en avant, sourire sournois aux lèvres.
Ton sourire me poursuit, le feutré de tes pas, la danse de tes lames. Chaque souvenir de toi est un coup de poignard. Il me rappelle comme je déteste tout ce que tu es, et comme cela m'attire irrémédiablement.
Où es-tu ? Où te caches-tu ? Au détour de quelle ombre vas-tu ressurgir pour trouver mes failles ? Sous quel angle vas-tu plonger pour verser le premier sang ?
Viens à moi, je t'attends, je veux encore entendre le chant de nos lames, sentir l'ivresse de ces danses. Viens à moi ou c'est moi qui viendrai.
Que voulais-tu faire ? Où voulais-tu que j'aille ? Viens, parle, bats-toi ! Tu n'as pas le droit de m'opposer cette absence et ce silence, pas alors que mes lames ont soif de toi !
L'extérieur... ce continent misérable... tu ne t'es pas perdu, n'est-ce pas, pas même dans le Chaos Blanc ou les grandes inondations qui lui succédèrent. Quelque part, tu ris encore. Le vent porte ce rire jusqu'à moi, comme ton ultime provocation. Et bien ris... ris toujours... cours aux quatre vents, avant que je ne te rattrape. Un jour je te le ferai perdre, ton sourire, car le premier sang sera mien, Ilharn...
Alors en attendant cet instant, quelques soient les pantins qui s'animeront devant moi, quelques soient les chairs que j'ouvrirai, quelque soit le sang que je goûterai, j'avancerai. J'entrerai dans ce bal aux milles couleurs, je me glisserai dans ces atours acier et écarlate que tu affectionnes tant, et je danserai jusqu'à toi. Jusqu'à ce qu'à ton propre jeu je me rie de toi, j'avancerai, et alors la danse de mon monde arrêtera de tourner autour de toi.
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Papillon noir, dans les airs dansant, quelle mélodie entends-tu, sourde à mes oreilles ?
Papillon noir, aux reflets de sang, tes ailes sont des lames au tranchant sans pareil.
Et tu danses, tel Shilen, rapide et léger.
Et tu tranches dans la haine, beau et meurtrier.
Lorsque je ferme les yeux, fatiguée de ce monde, sur un air invisible, tu reviens danser jusqu'à moi. Cette danse des lames qui n'avait jamais été que pour Shilen, un jour que j'étais enfant, tu t'es mis à la danser pour moi. Ces gestes rythmés, faisant vibrer jusqu'aux cieux, parfois déchirants, parfois caressants, m'enchantèrent autant que j'appris à en avoir peur.
Un mélange que tu dosais, tel le poison, et que tu injectais dans mes veines, Ilharn. Un mélange qui est le tout d'un de nos nobles arts, le plus beau.
Deux épées, extensions de nos chairs. Des pas rapides, c'est notre danse de la guerre.
Je rouvre les yeux, remontée par cette vision de l'objectif que je me suis fixé. Toi, et ton art. Danseur des Lames. Papillon noir. Je veux que mes ennemis frissonnent avant qu'ils ne meurent, qu'ils ressentent cet étrange mélange qui fait trembler les petits peuples rien qu'à son évocation: émerveillement et terreur. C'est cela, l'essence de cet art, cet art qui sera bientôt aussi le mien. Et n'oublie pas, Ilharn, n'oublie pas. Dans les ténèbres d'har'oloth, un jour, je t'en ai menacé: à ton propre jeu je te surpasserai.
Ce n'est plus très loin, car une première part est faite: ma lame est devenue ma main. Alors, je vais pouvoir quitter la lourdeur de ce bouclier, embrasser une seconde lame, et enfin m'envoler.
Mais en cette heure, mon pas n'est plus tranquille, même si je suis la seule à le sentir. Malgré sa légèreté, je le sens lourd de ressentiment. Est-ce pour cela que lil dasparion del pithut m'a suggéré de me rendre à Giran et de prendre mes marques dans les terres lumineuses ?
Comme j'ai été choquée... frappée de stupeur devant ce ciel bleu, ces arbres aux feuilles tendres, le chant rieur des oiseaux. Les cascades d'eaux folles, les milles nuances de couleur de chaque contrée. Des odes complexes et légères, chacune reflet du caractère singulier d'une région, donnant envie de danser sur les fluctuations si joyeuses de ce monde.
Alors pourquoi... pourquoi nos terres sont-elles les seules à n'être qu'un nuancier maussade de gris ? Pourquoi n'y a-t-il que cette atroce vision de décrépitude qui prédomine partout sur tout ? Pourquoi devons-nous nous terrer loin du soleil pour échapper un tant soit peu aux relents méphitiques de notre territoire ?
C'est Notre Mère et nous-même qui avons été trahis... et pourtant c'est nous qui devons encore subir. Parfois mes mains tremblent d'y repenser. Ma haine refait surface par elles, brisant un instant mon écrin de marbre sombre.
Mon coeur peu à peu se glace, cristallisé par la haine née de nos tourments et de la profonde injustice de ce monde. A ultrine Quarvalsharess, mes lames danseront au rythme des litanies chantant Ta gloire jusqu'à l'agonie du monde. Je veux qu'entre les deux rideaux de sang qui voileront sa vue il voie Ton visage rieur et victorieux, et que ce soit cette dernière vision qu'il emporte avec lui dans la mort.
Etait-ce aussi pour cela, Ilharn, que tu voulais que je te pourchasse au delà de nos frontières ? Où tes pas t'ont-ils donc porté ? Parfois je me suis élancée jusqu'à une ombre, ayant cru y percevoir la tienne, mais je ne fus jamais que déçue. L'écart entre nos lames est-il si grand encore que tu refuses de paraître devant moi ? Cela serait bien de toi, cela serait bien de ta fierté.
Encore un peu de patience, je vais m'élancer. A corps perdu, sur les airs de notre mélodie, je brûlerai les étapes, je ne passerai pas ma vie à courir dans ton ombre. Ne te laisse pas volontairement rattraper... c'est parce que je courai plus vite que toi que je te rattraperai même si... parfois... dans mon fort intérieur... et seule face au monde... je rêve de t'avoir à mes côtés.
Cette pensée m'est étrange, pourtant elle est la seule à savoir se glisser au fond de la glace pour animer mes traits. J'ai entendu dire des autres qu'ils avaient déjà un surnom pour moi sur le bout des lèvres. Xukuth del Erthe – Coeur d'Hiver.
J'entends ton rire comme si tu étais auprès de moi, je me doutais bien que cela te plairait. Attends, ne pars pas si vite, pas encore, j'ai d'autres choses à te dire, d'autres passes d'armes à échanger. Et me revoilà à courir, mais je commence à voir ton ombre. La distance est grande, mais s'étiole peu à peu... un instant... ne serait-ce qu'un instant encore...
L'appel de Sindri.
Rivvin phuul waelen...
J'ai encore du mal à me le sortir de l'esprit... ce voyage n'avait-il pas été une perte de temps ?
Dans tout l'Elmore, et dans tout Aden, Sindri avait envoyé des messages afin de rameuter des voyageurs pour accomplir une mission de soit disant premier ordre... quoi de mieux pour également rameuter les espions de tous les bords ?
Tout ça pour confier une lettre au contenu scellé à ramener à son premier maréchal, Faria... secrètement... d'où l'emploi d'étrangers... contre récompense.
Combien de paires d'yeux observaient depuis les ombres, attendant que les deux équipées partent ? A quoi pouvait bien penser Sindri avec tout cela ? Tomber sur le dos de groupements lui résistant ?
Un serviteur si assidu du Deux Fois Traître à notre Ilharess pourrait tout autant éliminer les inconnus qui avaient espéré se faire un peu d'adénas avec une mission aussi rocambolesque.
Lil Malla Mitraell ne nous ayant pas encore donné de conduite à suivre, je me suis retirée faire un rapport au Jabbuk de la Guilde d'Oren... il suivra là où il faut qu'il aille... et peut-être que des consignes plus claires seront données à sa suite...
Adven.
Les mots de la Naine se répétaient indéfiniment dans sa tête, la rendant sourde au brouhaha si commun dans les échoppes de Giran.
Un Sombre... qui semblait danser avec ses deux lames.... comme se livrant à un jeu... faisant une hécatombe dans les rangs des non-morts.
Avant même de s'en rendre compte, Yaelyn avait demandé où la Naine l'avait vu, mais l'annonce de la Vallée plus au Nord lui rendit sa raison. Cela faisait du chemin, donc s'il ne comptait que s'y faire voir il n'y serait déjà plus... Elle prit ses précautions, demandant à la forgeronne en face d'elle, Bala, de lui préparer des capsules en nombre, mais malgré cela, ses doigts la démangeaient déjà... Etait-il encore là ? L'attendait-il ? Lui qui échappait à toute traque l'avait retrouvée, elle. Ou bien la suivait-il dans l'ombre ?
" Adven, tu peux occuper la Dame pendant que je me mets au travail ?"
Cela la sortit abruptement de ses réflexions. Levant les yeux du tourbillon de ses pensées, elle les posa sur cet humain qui lui faisait face en silence, et un blanc se prolongea indéfiniment alors qu'il la détaillait sans aucune forme de politesse ou de retenue.
Elle y était habituée... les Rivvin étaient toujours perturbés par la présence des Sombres. Elle nota, sanglé dans le dos du Rivvil, un grand bouclier, et une hache solidement attachée.
L'humain s'attardait sur les épées. Avec une élocution rigide et peu travaillée il la questionna subitement sur le Danseur de la vallée et sur elle...
Leur Art... c'était ça qui l'intéressait donc... la Danse des Lames. Elle ne fut pas tendre, et coupa court aux explications. Elle n'avait nulle envie de discuter de quelque chose de si précieux avec un simple Rivvil, mais il parvint encore à la faire sourciller en déclarant qu'il voulait les voir à l'oeuvre, quoiqu'elle en pense.
Elle bouillait intérieurement, mais la forgeronne vint interrompre la montée en tension en déclarant avoir fini son travail. Le temps de tout déposer à l'entrepôt et de répondre à quelques questions purement commerçantes de Bala permit à Yaelyn de reprendre ses réflexions sur l'approche à donner à cette expédition, et lorsqu'elle quitta la Naine pour prendre la route du Nord, son esprit fourmillait déjà des innombrables possibilités qui pouvaient se présenter.
Lui... aux portes de la vallée... il l'attendait. Se levant à son approche, il avait au moins de la suite dans les idées... ce Rivvil. Cela faisait partie des possibilités, et elle avait déjà décidé de ne pas perdre de temps à s'en occuper, tirant ses lames sans autre forme de procès, la Sombre s'enfonça dans les gorges, là où son instinct la guidait.
Il gardait ses distances, bien en retrait, l'observait dans ses danses, la fluidité et le vicieux du tracé de ses attaques. Elle se frayait un chemin dans ces étroits passages, finissant par ne plus avoir le temps de s'agacer du parasite qui la suivait en silence. Les relents de vielle mort partout s'étaient insinués, mais quel genre d'atmosphère et de paysage pourrait bien un jour égaler les Terres Sombres dans son atrocité. Elle y était insensible, tout ce qu'elle voyait, c'était des obstacles entre elle et son but, rien de plus.
Ils pénétraient la vallée, le souffle de l'air brassé par des ailes immenses fit perdre un peu de raison au Rivvil, à moins que ce ne soit l'inverse... Aux vues des dragons, dont l'haleine soufrée apportait une nouvelle note aux parfums des lieux, il réduit comme peau de chagrin la distance qui le séparait de la Sombre, non sans redouter, peut-être, un revirement de situation.
Rien n'y fit, elle continuait d'avancer avant de s'arrêter brutalement, les yeux écarquillés vers le haut des falaises qui les surplombaient.
Une ombre s'y découpait, ainsi que son immense sourire. Ses cheveux neigeux volaient librement au vent et il les salua depuis sa hauteur, ses deux épées en main.
Une foule de sentiments vint s'entrechoquer dans l'esprit de Yaelyn, si bien qu'elle n'eut pas même le temps de réagir. Dans un éclat de rire qu'elle connaissait trop bien, il disparut de l'autre côté, fuyant encore.
Les plans, le sang-froid, la retenue, rien ne tint, elle chercha d'un regard de démente une possibilité, un moyen de le rejoindre là-haut, mais comme une malheureuse prise dans une nasse elle ne voyait aucune issue. Partant pour s'élancer, une voix forte s'éleva pour la rappeler. C'était l'Humain.
Déstabilisée... sa main vint agripper le col de la tenue de cuir de cet individu... sa voix portait tout le poids de sa haine et de sa frustration... avait-il vu par où monter... ne pouvait-il pas se rendre utile pour changer....
Il y avait quelque chose de fier dans le maintien de son menton... quelque chose de hautement agaçant... mais quelque chose de posé. Là, entourés par les dragons, les succubes, les gargouilles, il lui déclara sans ambages que le Sombre avait décidé qu'elle n'était pas prête à l'affronter. Qu'il était trop dangereux de tenter une poursuite qui de toutes façons serait vaine. Qu'il valait mieux faire demi-tour.
Figée... dans une expression qui chez elle ressemblait plus à de la surprise... elle maintenait l'humain par le col. Vexée sûrement, qu'il ait en tout point raison. Elle ne le démentit pas, tournant les talons comme une furie, passant sa rage sur tout ce qui tentait de lui barrer le chemin du retour.
Quand elle parvint enfin dans la passe de la mort, son masque d'impassibilité lui était revenu, mais ses pensées avaient besoin d'ordre.
L'humain demeura un instant à quelques pas d'elle, la laissant se poser encore un peu. Puis il lui annonça sa volonté de se battre contre elle dans l'instant.
La surprise vint occulter le flot tumultueux de ses pensées, avant qu'elle ne réponde que les combats inutiles ne l'intéressaient pas.
Mais à cela, l'humain acquiesça. Puis ajouta qu'il n'était pas intéressant de combattre si elle n'était pas au mieux de ses capacités, trop troublée par ce qu'il venait de se passer.
Sa fierté finit d'occulter tout le reste. L'humain avait dépassé les bornes, même s'il était évident qu'il l'avait fait sciemment. Ayant compris qu'il avait touché un point sensible, il n'eut que le temps de reprendre sa hache avant que les épées de la Sombre ne viennent siffler à ses oreilles.
Il encaissa, encaissa... les passes démoniaques, les trajectoires déviantes, le vicieux de chacun des pas de Yaelyn, de chacun de ses mouvements, comme s'il voulait absorber l'essence de ces frappes en se laissant entraîner dans les danses mortelles de la Sombre. Il ripostait peu, mais parait plutôt bien, les lames mordaient souvent, mais pas profondément, mais son front n'était plus sec depuis bien longtemps. Et puis, abrité derrière sa hache et son bouclier, il se fit prendre par le pied que la sombre plaça adroitement pour le déséquilibrer. S'affaissant lourdement il ne put échapper aux lames assoiffées qui s'enfoncèrent dans ses chairs sans aucune hésitation.
Il bascula... s'élançant puissamment comme un possédé, il s'abattit sur la sombre en rugissant sa haine, abandonnant son bouclier, une aura s'empara de ses yeux et il perdit toute notion de douleur. Les coups bestiaux parvinrent à repousser la Sombre dans ses retranchements, si bien qu'elle commença enfin à en appeler à la magie noire de ses lames.
Les coups retentissaient, le grognement rageur de l'humain, et le fredonnement lugubre de la Sombre, quand subitement une aura se concentra sur l'humain, et il la déchargea en un seul coup, venant déchirer la surface du sol là où la Sombre se tenait peu de temps avant.
Après avoir esquivé, elle reprit sa garde sans s'être totalement remise de sa surprise, mais l'humain s'écroula au sol, vidé de toute énergie.
Il n'avait pas lâché sa hache, mais était au bord de l'inconscience. Son sang commençait lentement à s'écouler sous lui, et cette suave odeur s'intensifia enfin, faisant tressaillir de satisfaction Yaelyn.
Mais il l'intriguait. Lui écrasant les doigts du talon, elle finit par lui faire lâcher son arme et l'écarta d'un coup de pied, mais la douleur finit par éloigner le guerrier du gouffre de l'inconscience.
Yaelyn le ballottait du talon ou lui assenait des coups de pieds pour qu'il réponde à ses questions. Qu'était donc cette aura ? D'où venait-elle ?
Elle finit par déduire qu'il devait lui-même l'ignorer. Malgré sa faiblesse, il admit sa défaite et se releva péniblement, maintenu debout par sa seule fierté.
Cet homme était intéressant... Elle ne l'acheva pas, et l'abandonna là en l'état...
"Si tu ne survis pas à cela, c'est que tu n'en vaux pas la peine, Adven..."
... avant de disparaître vers le Nord.
Une visite à Mitraell.
Charn'un l'Barra... les merveilles de l'architecture souterraine arrivaient à la frapper encore, surtout après tant d'absence. Maintenant que la cérémonie avait été achevée, elle était entrée dans le premier cercle, mais ses pas hésitaient encore.
Descendant jusqu'au temple dédié à la Quarvalsharess, elle alla lui adresser une prière avant de se tourner vers le Père de la Communauté, Mitraell.
Il connaissait ces yeux, c'était ceux de Sfarein Tsavriir, il connaissait ces pas léger et rythmés, les mêmes encore... Yaelyn avançait dans les traces de son père. Deux épées avaient enfin vu le jour à ses côtés... oui... pour la Danse des Lames.
Elle demeura silencieuse, le laissant terminer sa réflexion, et ne desserra les lèvres que lorsqu'il lui demanda ce qui l'amenait devant lui.
Alors, pour la première fois, elle lui demanda la permission de s'entretenir avec lui en privé. La curiosité naissait dans le fond des yeux du Tétrarque. Il lui fit signe de la suivre, et une des anti-chambres du temple devint leur refuge.
Là, à la faible lueur des cristaux, elle lui parla de sa rencontre avec un demi-sang, la voix neutre mais les yeux brillants de colère, et de la mention qu'il avait faite du Tétrarque. Inlul... une chose qui n'aurait pas dû exister... Yaelyn avait besoin de savoir... comme s'il lui manquait des instruments pour le tourmenter.
Il était vrai que le malheureux incident s'était déroulé pendant son absence, et le profond dégoût qui émanait d'elle à chaque fois qu'elle évoquait l'individu - ou plutôt la chose, selon ses propres termes - montrait à quel point la découverte de l'existence d'Inlul l'avait choquée. Alors il lui raconta, son profond dégoût pour cet être venant vibrer au diapason de celui de la Danseuse de Lames, il lui raconta ce qu'il s'était passé, il lui raconta les tortures, il lui raconta le bannissement.
En retour, elle lui raconta leur rencontre, son mépris mais aussi sa docilité, elle lui raconta toute la haine qu'elle avait pu ressentir pour lui, et elle lui raconta l'intérêt déplacé des étrangers pour cette aberration.
La Foi en Yaelyn avait été bien ancrée... mais à ce stade, à force de arpenter les terres des Hommes, elle virait lentement à un fanatisme délectable. Il ne fallait pas lui parler de son père à cet instant, il valait mieux la laisser à ses élans religieux, pour qu'elle finisse de bien les assimiler.
Elle ne souleva pas directement la question de l'armée... mais il ressentit clairement son envie de nuire aux autres races... Il nota également avec satisfaction que malgré le poids de ses paroles, sa retenue n'avait cillé que très brièvement par la vibration dans le fond de sa voix.
Elle repartit enfin, avec une lueur sadique au fond du regard...