Carnet de Route: Sous le Désert d'Eréthil

Ma plume crisse encore de sa danse sur la feuille trop sèche qu'une tempête de sable emporta loin de moi, comme si elle écrasait toujours de ces grains qui s'infiltrent aussi bien sous la capuche que dans l'encrier.
Je n'ai pas besoin de me concentrer pour sentir de nouveau le souffle ardent et rude de ce vent ; son souvenir est trop proche.

Lorsque je longeai l'Anauroch pour rejoindre le Mitan, je regrettai de ne pas aller piétiner dans ses dunes, mais maintenant que j'ai goûté au désert d'Eréthil, je remercie mon Seigneur de ne pas avoir posé le pied dans le Grand Désert.

Cette mer jaune et irrégulière qui rend chaque pas lourd et indécis, cet horrible temps qui fait des journées fournaises et des nuits glaciers.
Je marchais au hasard, tentant de faire abstraction de mes présents soucis. Les autorités d'Eréthil étaient dépassées, et pour m'accorder du temps, il leur fallait d'abord en libérer.
Le vent prenait soin d'effacer mes traces, et c'est mon subconscient qui devait me tirer de mes préoccupations.
Une grotte était devant moi, émergeant du sable telle une gueule béante. On aurait pu s'attendre à ce que de la fraîcheur s'en échappe, mais il en était autrement... c'était quelque chose de familier, de particulier...
La légère odeur de la décomposition... ces relents de vieille mort qui effleurent l'esprit avant d'attaquer les narines quand on s'approche plus encore... c'était cela qui s'échappait de l'ouverture... je m'avançais, attirée.

La grotte était habitée par quelques aberrations qui se trémoussaient dans sa noirceur, et, en son sein, une pente s'enfonçait dans les profondeurs, se muant progressivement en un immense escalier qui menait loin dans les ténèbres d'en bas.
Et puis cela commença par un bourdonnement quand on continuait de descendre les marches... cela devint plus distinct, plus franc: des milliers de tambours frappés à un rythme lent.
Les marches s'espacèrent, et l'escalier s'ouvrit sur un vaste couloir où dansaient les flammes de torches murales, créant des centaines d'ombres mouvantes qui perturbaient l'imagination. La résonance était grande ; j'avais l'impression de pouvoir entendre l'échos de mes pas à des lieues de là.

Ce lieu sentait la Mort animée de non-vie dans des corps sans âmes... et soudain, des flammes écarlates se mirent en mouvement, s'approchant en me lorgnant, emplissant les orbites sinon vides d'un faciès monstrueux voilé par l'ombre d'immenses ailes.
Le pas lourd avançait sur moi au son des tambours guerriers ; mes yeux se levaient à mesure de son avancée pour suivre les flammes... et puis plus rien... Evaporé, disparu...

Le relent de mort se fit plus présent, et je tirai ma lame... bientôt les murs nus rendraient l'échos du premier combat...

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