La Qu'el'Velguk.

Il avait rouvert les yeux et pourtant, ils étaient restés un moment dans le vide. Ces souvenirs incontrôlables étaient parfois une véritable plaie, mais ceux-là, il n'aurait pu les définir.
Plusieurs événements étaient revenus le hanter... les yeux rougeoyant de la Qu'el'Velguk de Menzoberranzan, Moor'Del'Ragon, semblant le suivre encore et encore...

Tout juste sorti de Sorcere, ces yeux-là s'étaient posés sur lui, ces yeux qu'il ne fixa jamais et croisa tout juste. Le meilleur élève sorti de Sorcere... la maison Del'Ragon posa une main sur son épaule par l'intermédiaire de la Qu'el'Velguk qui suivit de près ses progrès.
Elle le lui avait clairement dit... elle avait besoin de l'outil qu'il était, et la maison Del'Ragon d'un Qu'el'Faeruk... Il n'en avait pas tant espéré en sortant de Tier Breche, et se mit à étudier avec une volonté décuplée, des promesses de gloire au bout du chemin.
Des livres, un laboratoire, des chasses dans les tunnels d'Ombre-Terre, un travail très poussé sur les glyphes pour satisfaire la demande de sa mère, à savoir changer toutes celles de la maison Ol'Draeth.
L'ilharess Ol'Draeth ne trouvait pour l'instant rien à y redire. L'attention de la Qu'el'Velguk pour son fils était pour le bien de tous, et leurs pas se rapprochaient peu à peu de la surface. Il gagnait de la puissance, des accès, du prestige, et avait pour ordre de lui rapporter tout ce qui pourrait l'intéresser.
Quand les portes de Sorcere s'ouvrirent à nouveau, c'était pour laisser entrer un maître, et la maison Ol'Draeth vit fièrement son premier enfant enseigner à Tier Breche.

Entre les livres, à la lumière des bougies, le mage buvait le savoir à même la coupe. Les secrets de Sorcere n'étaient plus, et il fallait à présent étudier ce que lui amenait la Qu'el'Velguk... leur objectif: la surface.
Mais cela ne rebutait pas le maître, au contraire, après avoir disséqué leurs yeux, il disséquait leur magie, leur environnement, leurs histoires. Une seule chose le faisait frissonner d'appréhension: l'astre solaire.
La Qu'el'Velguk se fit plus présente, elle attendait le moment où il serait prêt. Et bientôt elle estima qu'il le fut, et leurs travaux de reconnaissance commencèrent.
Quelque part, il lui semblait qu'elle avait plus ou moins confiance en lui. Il avait besoin d'elle, et elle de lui, et si leurs buts étaient différents dans le fond, ils ne l'étaient pas dans la forme. La gloire de la Qu'el'Valsharess, les esclaves pour Menzoberranzan, les analyses pour la préparation de raids.
A la surface, ils y revenaient, ils y demeuraient, il fallait qu'il commence la longue accoutumance à cette lumière sauvage, les bougies de son étude l'ayant aidé à supporter plus rapidement les étoiles et cette horrible lune quand son disque était plein du reflet de l'astre du jour. A l'abri de sa capuche, et de son bouclier d'ombre quand l'astre solaire était haut, il transpirait à l'idée seule de lever les yeux pour voir où il marchait, mais il fallait avancer, et il fallait s'adapter, car la Qu'el'Velguk était patiente pour une Drow, mais elle n'en était pas moins drow...

Et vinrent ces jours, où il ne la vit pas. Elle était pourtant ponctuelle, très, trop. Il avait achevé le dernier traité de magie ramené de la surface, mais elle ne venait pas.
Son étude fut fermée, quelque chose n'allait pas. Une incantation étouffée lui arracha un haut le coeur, ses projets gisaient là, dans ce reflet de la surface, dans ce répugnant tapis vert. La vision s'éloigna, cet endroit là il l'avait déjà vu, ces collines hachées, ces ruines décrépies... La Qu'el'Velguk ne reviendrait pas, son sang n'avait cessé de s'écouler avec les restes de sa vie.

Dans Sorcere, le maître traversa les salles à grands pas. La capuche rabattue sur un visage dur, dont aucun élève n'essaya de croiser le regard, pour sa propre sécurité. Il entama pour la première fois seul la longue remontée vers la lumière maudite. Il savait où il allait, il avait besoin de voir.
Toutes les portes s'ouvraient, comme si tous semblaient deviner. Ce Drow là ne s'engageait que rarement par là sans la Qu'el'Velguk, mais rien dans son inexpressivité coutumière ne perçait.
Il avait tout retenu. La nuit tombée, il se glissa invisible entre ces arbres inutiles, sur ces herbes malodorantes. Il ne leva pas le nez pour voir ces points appelés étoiles, il ne suivait pas une ombre entre les ombres, il avançait, décidé, vers un point précis.

C'était donc cela, Qu'el'Velguk...? Une forme cachée dans un renfoncement n'avait même plus l'odeur du sang. Quelques maraudeurs avaient profité d'un festin qu'elle n'aurait jamais offert de son vivant. Les mains du maître tremblèrent.
Vous m'abandonnez ici... vous osez... Après tout ce que j'ai fait pour supporter vos objectifs et répondre à vos attentes... Vous m'abandonnez avant d'avoir tenu vos promesses.... Mon pouvoir !!! Mes récompenses !!! Qu'en faites-vous ?! Riez-vous depuis la toile de votre couveuse ?!
S'il y avait eu autre chose que des os et des loques à profaner, il n'aurait peut-être pas résisté, mais la froideur de ses propos ne résonna que dans son esprit, tout comme sa colère et sa frustration. Les portes des Del'Ragon se refermaient devant lui, et il souleva le haut du crâne branlant mais cependant pas désuni du reste. Cette dent taillée en pointe par laquelle il le tenait se déchaussa, et demeura dans sa main alors que le reste s'affaissa, le crâne allant rouler un peu plus loin. Avec un frisson, il tourna les talons pour retourner prestement dans la pseudo sécurité des profondeurs, la dent dans le poing.

Quelque part, il aspirait à se venger. Puisqu'il ne pouvait plus grimper jusqu'à cette porte, il n'avait qu'à servir de levier à sa propre maison pour aller l'enfoncer, et balayer ses restes de frustration. Le silence de l'Ilharess Del'Ragon n'était un secret pour personne, pas plus que ses absences. Elle ne s'affichait plus, et depuis la disparition de la Qu'el'Velguk, la première maison demeurait refermée sur elle-même.
Quelque chose se tramait-il dans les ombres des stalactites ? Dans celles de Menzoberranzan, en tous cas, les murmures des maisons inférieures se faisaient plus insidieux...

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