Résurrection.

Les portes de la chapelle de la qu'ellar Ol'Draeth se refermèrent enfin, le silence s'était installé, pesant, glacial, mais les visages des jalilen avides de sang étaient tous animés d'une sombre satisfaction...

Un jaluk venait d'entrer, libre, épaules et regard bas, résigné à affronter son devoir envers la Quarvalsharess, résigné à perdre là la vie. Sur cet autel dressé à la verticale au coeur même de la salle de prières, il fut attaché solidement par une yathrin qui ne lui adressa pas un mot, pas un regard, ne lui accordant pas même son mépris...

Autour de lui, les froissements de tissus fins, de soies sans prix, aux couleurs de la sombre mère, des yathrinen, et l'ilharess, qui ne le quittaient plus des yeux, qui attendaient patiemment que le doute commence à s'immiscer dans son âme déjà damnée. Ses yeux se levèrent lentement, cherchant un point d'attache, peut-être une trace, un espoir, mais ils se posèrent sur cette saisissante beauté de pierre aux traits fins et figés, penchée sur lui, pauvre haire. Les lèvres de la statue étaient entrouvertes, comme attendant quelque chose, et légèrement recourbées en un rictus satisfait et cruel, ses deux globes oculaires semblant fixer le mâle de leur vide oppressant.

Il leva les yeux encore, mais en se détachant un peu de ce visage, c'est autre chose qui enserra subitement son coeur... l'effroi provoqué par la présence de ces huit pattes d'arachnide qui émergeaient du dos de la statue, la maintenant au mur. Il n'émit plus aucun son, comme si le froid dans son coeur avait à jamais figé ses cordes vocales... ses lèvres tremblaient, peut-être en ce qui aurait pu être un dernier murmure, une dernière prière...

L'ilharess Jhulae Ol'Draeth s'était déjà avancée, dans sa robe cérémonielle, un rictus sinistre aux lèvres, reflet de celui de la statue, ses gestes lents, fluides, caressants, comme ceux d'une danseuse. Se mouvant au son d'une sourde mélodie, cette grâce envoûtante prenait peu à peu une toute autre mesure, car du cercle assemblé autours de cette sinistre scène, un choeur sombre s'élevait en un appel ténébreux vers la toile de la Quarvalsharess, un chant qu'aucune âme n'aurait jamais voulu se voir dédier...

Toi notre Mère, notre Reine, notre Déesse, entends notre appel. Que les ténèbres enivrantes de Ta toile se tissent au dessus de cette chapelle. Ecoute nos prières, jouis de notre dévotion, pour Ton délice, pour Ta gloire, en Ton nom, coule le sang, soient tranchées les chairs, que la terreur les coeurs enserre...

Et la litanie se répéta, gagna en amplitude, faisant échos à l'effroi, au sadisme, à la malice, ressurgissant de chacun de ces coeurs que l'on dit noirs, résonnant dans chacune des voix des yathrinen, passant les murs pour se faire entendre dans la qu'ellar Ol'Draeth, gelant les âmes qui s'y trouvaient.
Se saisissant d'une dague au fil acéré dont la lame noire était sculptée et torturée, l'ilharess continuait de psalmodier.

Par le pouvoir de notre Mère, Que cette lame puisse transpercer la chair. Lame de mort que ton pouvoir soit révélé, Chanteuse de ténèbres à présent soit réveillée.

Une fine aura vint alors lécher la lame, faisant naître une jubilation malsaine chez l'ilharess et dans le choeur de prières, entrainant les pas léger de Jhulae, qui se mit à glisser autour du jaluk, caressante... Mais elle trancha lentement dans chacun des membres à côté desquels elle passa, faisant surgir des flots de sang sur la peau noire, qu'ils léchèrent, s'écoulant sans vouloir se tarir, pour venir remplir un sombre calice aux décors arachnides, incrusté de pierres écarlates polies.
La danse cessa, l'ilharess était de nouveau face au jaluk, un sourire fielleux aux lèvres, et, levant la dague, elle lui grava le symbole de la Quarvalsharess sur le torse, dont les perceptions troublées lui firent brutalement articuler un cri de douleur.

Et le sang s'échappa inéluctablement avec la vie du jaluk, et alors que cette vie touchait à son terme, vidée de son précieux liquide, que le souffle commençait à lui manquer, l'ilharess, avec un immense sourire, vint lui trancher la gorge pour lui arracher quelques derniers gargouillis.

Jhulae reposa la dague sur un second autel, horizontal, lui, et se saisit du calice dégoulinant de sang. Elle le lèva à bout de bras, dans un élan d'hystérie, et d'une voix chevrotante de fanatisme, entama une prière répercutée par le choeur sinistre des yathrinen.

A ultrine Quarvalsharess, ilhar d'lil ilythiirin... que Tes ténèbres bienfaitrices se baignent dans ce sang, qu'il s'imprègne de leur noirceur pour enfin être purifié, reflet sombre de Ta suprême volonté !

Une yathrin sortit des rangs et apporta sur un support en toile en métal forgé, un énorme diamant dont les facettes parfaitement taillées reflètaient chaque flammèche sinistre des pupilles écarlates des ilythiirin, chaque trace de magie parcourant les murs et les statues de la salle, et un coffret ouvert sur un morceau de chair noircie... un coeur.

L'ilharess se saisit du diamant et le prit par sa base pointue, le maintenant à la vue de toutes un instant, avant de le tenir au dessus du calice.

A ultrine Quarvalsharess... en cette heure glorieuse Tes filles Te conjurent de les embrasser de Ta puissance et d'ouvrir grand Ta toile, pour que revienne, pour Ta plus grande gloire, celle qui, comme nous, n'a jamais vécu que pour accomplir Ta volonté.
Sublime Mère, Noire Tisseuse de Ténèbres, ô Suprême Déesse... s'effritent les espoirs de nos ennemis, souffle la terreur dans les âmes de ceux qui osent se dresser contre la Grandeur de Ta cité, car en ce sombre cycle Aeodr'yn va renaître.

La frénésie monta, les prières s'élevèrent avec toute leur dévotion, portées par un choeur de yathrinen aussi zélées que leur ilharess.

Ultrine Quarvalsharess, Ol'Draeth en appelle à Ton énergie sans limites ! Donne à Tes filles le pouvoir de Te servir, et de ramener à la vie leur soeur dans leur éternel besoin de mener à bien Tes noirs desseins !

Comme répondant soudainement à l'appel, le diamant se ternit, noircit entre les doigts de l'ilharess, et s'effrita enfin, tombant en poussières dans le calice plein de sang. Jubilant, Jhulae prit le calice en mains et tressaillit à son seul contact, le portant à ses lèvres pour se repaître d'une gorgée de ce sang avant de verser le reste sur le coeur brûlé qui l'absorba dans sa totalité.

Parcourue de spasmes, un sourire pervers vissé aux lèvres, l'ilharess joignit les mains et servit de conducteur à la puissance de la Quarvalsharess, des flots de vie furent arrachés à chaque yathrin, se mêlant à l'énergie divine, se matérialisant autour du coeur qui s'élèva lentement, reprenant de cette couleur si familière, ce rouge sang... l'énergie devint son extension, devint sang, os, organe, chair... un corps féminin renaquit par et au travers cette puissance.

Reposant le calice vide et levant les bras vers la voûte de la chapelle, l'ilharess s'écria avec ferveur: Lolth ultrine ! Quarvalsharess tlu malla !, immédiatement reprise par le choeur noir dont le cri sinistre résonna dans toute la qu'ellar Ol'Draeth.

Aeodr'yn Xo'Thar rouvrit les yeux sur har'oloth, et sa première vision fut un visage de jalil mangé par une satisfaction malsaine, parfait reflet de la statue de la Quarvalsharess qui la dominait...

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