La Légende du Dwarfbane

Januaa... immonde pays... que dans le sang tu te noies... je réduirai en cendre chaque brin d'herbe qui était tien... je briserai et massacrerai chaque habitant qui te considérait sien... les livres parlant de toi partiront en fumée... les sages gardant en mémoire autre chose que ton châtiment je les tuerai...


La scène semblait statique, comme si le temps avait stoppé sa course infinie vers le néant. Les nuages embrassaient le haut de la colline tant leur fardeau était grand. L'air était pesant, tout autant que cette chaleur qui donnait à tout cette impression de ralenti.

Deux silhouettes droites se tenaient sur leurs destriers, et on entendait le renâclement des chevaux, comme les prémices au grondement du ciel. Ce dernier était d'un gris sombre, et juste en dessous, plein de nuances rouges et oranges qui léchaient chaque pan de la colline, nimbant la plaine sous elle d'un halo de sang.
Bientôt, on ne discernerait plus la lumière du sang... bientôt, le flot des armées allait envahir cette terre et joindre son cri au choeur incessant de la guerre du monde.

Les habitants s'étaient barricadés dans leurs maisons, comme si l'issue du combat n'avait que peu d'importance... et c'était le cas... les seigneurs changeaient si souvent qu'on en oubliait leur nom, seul le peuple demeurait, car en ce monde, seules les armées se massacraient... le plus souvent.

Un éclair déchira le ciel, et non loin de là, les nuages commencèrent à lâcher leurs rideaux de pluie. Une main tira lentement son épée du fourreau où elle reposait, et la brandit dans un même mouvement, comme si elle pouvait crever les nuages.
Pas un souffle de vent n'était là pour la porter, et pourtant une clameur s'éleva de derrière la colline. Et un nuage noir recouvrit bientôt le haut de la colline, source de la clameur, ordonné dans son apparent chaos, évitant soigneusement les deux silhouettes pour fondre sur la plaine.

Et les rangs d'armures étincelantes renvoyèrent au soleil couchant son éclat sanglant. Aucun frisson, aucun murmure, rien n'ébranla les phalanges plantées en plein milieu de la plaine. Elles regardèrent leur destin à présent scellé plonger droit sur elles.
Et aux gouttes de sueur se mêlèrent celles de sang. Le fracas de la guerre se fondit dans celui de l'orage.
Et bientôt le soleil se cacha pour pleurer, laissant la plaine sanglante, balayée par les vents et la pluie, revêtir son voile de gris, ne voulant plus entendre son cri.

Puis, comme ignorant la vaste mêlée, une silhouette fit avancer son destrier, étendard claquant au vent, et défia celle qui, du haut de la colline, avait levé son épée au ciel.

Et alors que la seconde silhouette menait sa monture vers la première à une allure planante, les sabots de son étalon projetant des gerbes d'eau à chaque contact avec le sol, il se produisit ce qu'aucun sage jamais ne prédit. Ouvrant leurs portes, les plus hardis des membres du peuple se jetèrent sur la silhouette demeurée en arrière sur la colline... et la seconde n'eut pas le temps de tourner les yeux que déjà elle savait...

Un rire accompagna les grondements du ciel, mais les yeux qui se braquèrent sur lui avaient perdu toute trace d'humanité. Ainsi la haine venait-elle de prendre vie, balayant devant elle les devoirs, les sentiments, la raison.

Et la lame quitta les cieux pour à jamais faire taire le rire ; et raclant la terre le temps d'un galop, elle regagna le ciel en arrachant de nouvelles vies.
Elle mit alors pied à terre et se laissa tomber à genoux dans la boue. Ecoutant, entre ses sanglots ensanglantés, les derniers mots de son ami, elle le serra longuement après son dernier soupir.
Sa douleur se mêla à sa haine, et les dernières bribes de raison ne furent même plus des souvenirs.

Et alors que les rangs sans chef se rompaient, les yeux vides se posèrent sur le peuple et sa terre.
Januaa, terre du peuple nain d'Orenduin, mourut ce jour. Elle se mit à trembler sous la puissance magique, et la pluie drue devint acide. Répondant au hurlement de rage, des dragons surgirent du néant et assistèrent séisme et acide dans leur oeuvre de dévastation. La lame se dédoubla et ne cessa de danser pour la Mort que quand il n'y eut plus rien qu'elle ne puisse lui offrir.

Maculée de sang et de boue, elle leva les yeux au ciel, et la pluie ne fut plus qu'eau. Mais de la terre vidée de Januaa, rien ne devait plus jamais renaître, et les lamentations de son peuple mort devaient à jamais entretenir ce souvenir au plus profond des cauchemars de toute une race...

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