Etape 16 – 20 juillet 2026 (Refuge d’Ayous – Cabanes de Cézy)
Pas de réveil ce matin, mais les chevaux en ont décidé autrement. Ils broutent à proximité des tentes en agitant leurs cloches... cela me réveille très tôt.
Je réussis quand même à me rendormir jusqu'à 7 h 15.
Je prends mon petit-déjeuner face au Pic du Midi d'Ossau, puis je dis aurevoir à Aurélien, je démonte la tente et range mon sac.
Aujourd'hui, est une journée tranquille, seulement 3 h de descente jusqu'à Gabas où je vais bivouaquer ce soir et repos avant les grosses étapes finales.
Avant de partir, un petit tour vers là où j'ai entendu des marmottes hier. Je n'en vois aucune. Je photographie des fleurs et des papillons, quand soudain un bel Appolon poilu de l'abdomen jusqu'aux pattes m'invite à papillonner. Me voilà à sa poursuite et la chasse ne dure pas très longtemps, puisqu'il se pose dans l'herbe. Je réussis à m'approcher sans qu'il bouge et je m'installe à moins de 50 cm de lui, ce qui me permet de le photographier. Un second se pose à proximité qui aura droit aussi à sa séance photo.
9 h… Il est temps de descendre. Le chemin est hyper fréquenté par les randonneurs qui partent de Bious-Artigues pour aller aux lacs d'Ayous. Je prends mon temps et je photographie les troupeaux de chevaux, de vaches... et même des cochons !
La descente dans la forêt est jolie et l'arrivée au lac de Bious-Artigues plaisante.
Je poursuis mon chemin jusqu'à Gabas où j'arrive aux alentours de 13 h 45. Je passe devant la maison qui propose des chambres : il y a un écriteau indiquant que l’accueil n’est pas avant 16 h 30 et qu’il faut s’adresser à l’épicerie. Je poursuis mon chemin jusqu’à l’épicerie pour savoir où se trouve le lieu de bivouac. Il y a du monde. Une table de pique-nique permet aux randonneurs de s’installer pour manger. Tout le monde parle et j’ai du mal à savoir qui est qui. Je demande si on peut me donner des informations sur l’aire de bivouac. Un des hommes me répond. Il est ivre, cela s’entend tout de suite : « L’aire de bivouac est au bord de la route. Il n’y a pas de d’eau pas de douches, pas de toilettes. Je m’appelle Julien et je suis complètement bourré. Et toi, comment tu t’appelles ? ». Je suis tout de suite mal à l’aise. Je ne veux pas rester là. J'ai envie de pleurer. Je suis déçue : j’avais prévu une journée cool… je vais devoir repartir. Je ne sais pas où je vais pouvoir m’installer pour bivouaquer. Mais avant il faut que je mange et que j’achète de quoi manger pour ce soir aussi. Je me résigne à m’installer à la table de pique-nique. Un randonneur discute avec moi. Lui aussi me met mal à l’aise : je le trouve bizarre. Comme j’ai sorti mon topo, il essaie de me montrer un endroit pour bivouaquer. Il pense qu’il y a ce qu’il faut. Je ne suis pas convaincue. Je verrai bien…
J’achète une boîte de courgettes à la provençale qui accompagnera ma semoule ce soir, un paquet de biscuits pour demain matin et une glace pour tout de suite. Un peu de réconfort…
Tout en mangeant, je consulte notre groupe WhatsApp GR10 et je lis que Marine recommande la cabane de Cezy qui est entre Gabas et Gourette. Rallonger l’étape d’aujourd’hui offre l’avantage de raccourcir celle de demain qui était annoncée extrêmement longue (1 690 m D+, 1 360 m D-, 21,5 km, 9 h 35). Me voici donc avec une destination de secours et un lieu où dormir ce soir. Je me sens soulagée.
Je reprends donc mon chemin. Passé la portion de route, une première partie en sous-bois et en montée douce est assez plaisante. Je ne sais pas pourquoi mon envie de pleurer revient et je lâche les larmes.
La corniche des Alhas me change les idées. J'aime ce sentier en balcon suffisamment large pour se dispenser de la main courante installée par précaution.
Comme je n'ai pas pu acheter de banane (il n'y en avait plus à l’épicerie), un petit lutin en a déposé une sur un rocher avec un joli verre d'Ayous que je récupère aussi. Merci lutin !
Passé la passerelle de Soussouéou, la pente se durcit et c'est parti pour une montée rude et interminable.
Vers la fin de la montée, j’entends une dispute derrière moi et le randonneur qui m’avait conseillé un lieu de bivouac me double à grande vitesse. Je peux sentir sa colère. Je le vois poursuivre sa route au-delà de la bifurcation qui mène aux cabanes de Cézy, en direction de la Hourquette d’Arre.
Je trouve le panneau indiquant la direction des cabanes de Cézy et aussi Gourette (la destination du lendemain) qui n’est maintenant plus qu’à 6 heures. Il est 19 h passées et je suis bien contente d’arriver enfin à la cabane car je n’en peux plus !
Nous sommes 4 à arriver pratiquement en même temps. 1 randonneur juste avant moi, le randonneur avec lequel celui qui m’a doublé s’est disputé (il s’appelle Mathis), puis un autre qui arrive un peu plus tard.
La première mission consiste à aller chercher de l’eau. Le premier randonneur nous conseille le ruisseau, mais celui-ci est un minuscule filet. Je vais devoir mettre une micropure dans ma poche à eau, ce qui ne m’enchante guère. Comme le premier randonneur et Mathis mettent beaucoup de temps à remplir leurs gourdes tant le débit est infime, je me dis qu’il doit bien y avoir de l’eau au niveau de la cabane des bergers un peu plus loin. Je pars donc m’en assurer. Mathis me suit. A la cabane, nous trouvons un abreuvoir rempli d’eau mais avec des mousses le long des parois… pas sûr que l’eau soit meilleure que celle du ruisseau. C’est à ce moment que je remarque que les bergers sont un peu plus loin avec le troupeau. Nous allons donc les voir pour leur demander où on peut trouver de l’eau. Ils nous désignent un robinet devant lequel nous venons de passer sans le voir. Et voilà les gourdes et poches à eau sont remplies.
Sur le chemin qui nous ramène à la cabane, Mathis me parle de sa dispute avec son ami. Ce n’est pas la première fois me dit-il et à chaque fois il se fait avoir quand l’ami en question revient vers lui pour qu’il pardonne et que tout redevienne comme avant jusqu’à la prochaine fois. Il n’a plus envie de continuer comme ça. Je lui demande s’il est autonome pour poursuivre sa randonnée seul. Il acquiesce. Je lui conseille donc de la finir seul. Il commence à me raconter divers griefs qu’il lui reproche. Il a besoin de parler, mais après toutes les émotions de la journée, j’ai besoin de me recentrer et donc pas vraiment envie de l’écouter. Heureusement, nous arrivons à la cabane où le troisième randonneur est arrivé. Nous faisons connaissance.
Tous ont envie de dormir dans la cabane, ce qui leur évitera de monter la tente. De mon côté, comme je l’ai dit plus haut, j’ai besoin de me recentrer. De plus j'ai besoin d'intimité pour faire ma toilette à la lingette. Et puis, je n'ai pas envie d 'entendre ronfler, ni d'être dérangée par aucun bruit. De même, je ne veux pas être source de bruit si je me lève dans la nuit pour un petit pipi et le meilleur moyen de préserver tout cela, c'est ma tente, mon petit cocon, mon terrier de marmotte !
Mathis raconte ses malheurs au randonneur qui est arrivé en dernier. Les hommes dinent à l’intérieur de la cabane, moi je préfère rester dehors et j'inaugure ma "Gamelle de Noo-Nook " pour préparer et manger ma semoule aux courgettes.
J'installe ma tente et je me couche après un troisième soir de débarbouillage à la lingette... je rêve d'une douche !
Bilan de la journée : 17 km – 790 m de dénivelé positif – 1 140 m de dénivelé négatif